Soit E un R-espace vectoriel. On appelle produit scalaire sur E toute forme bilinéaire symétrique définie positive i.e. toute application φ:E2→R vérifiant :
On appelle espace préhilbertien réel tout R-espace vectoriel muni d'un produit scalaire. On appelle espace euclidien tout espace préhilbertien réel de dimension finie.
Définition—Orthogonalité de vecteurs
Soient E un espace vectoriel préhilbertien réel. Soit (x,y)∈E2. On dit que x et y sont orthogonaux si (x∣y)=0. Dans ce cas, on note x⊥y.
Remarque
Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur.
1.2. Norme associée à un produit scalaire
Définition—Norme associée au produit scalaire
Soit (.∣.) un produit scalaire sur un R-espace vectoriel E. L'application{Ex⟶R+⟼(x∣x)est appelée norme associée au produit scalaire (.∣.).
L'application{Mn,1(R)2(X,Y)⟶R⟼X⊤Yest un produit scalaire sur Mn,1(R).
Soit [a,b] un segment de R. Notons E le R-espace vectoriel C([a,b],R). L'application{E2(f,g)⟶R⟼∫abf(t)g(t)dtest un produit scalaire.
Encadré—Notation 1.2
Une norme associée à un produit scalaire se note usuellement ∥.∥.
Définition—Vecteur unitaire
Soit x un vecteur d'un espace préhilbertien réel. On dit que x est unitaire si ∥x∥=1.
Proposition—Relations entre produit scalaire et norme
Soit E un R-espace vectoriel muni d'un produit scalaire (.∣.) et d'une norme associée ∥.∥. On a les relations suivantes : Identités remarquables :∥x+y∥2=∥x∥2+2(x∣y)+∥y∥2∥x−y∥2=∥x∥2−2(x∣y)+∥y∥2∥x∥2−∥y∥2=(x+y∣x−y)Identités de polarisation :(x∣y)=21(∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2)=41(∥x+y∥2−∥x−y∥2)Identité du parallélogramme :∥x+y∥2+∥x−y∥2=2(∥x∥2+∥y∥2)
Démonstration
Soient x,y∈E. Par définition de la norme associée (Définition 1.4), ∥x∥2=(x∣x), ∥y∥2=(y∣y) et ∥x+y∥2=(x+y∣x+y).
Identités remarquables. Par bilinéarité et symétrie du produit scalaire (Définition 1.1) :∥x+y∥2=(x+y∣x+y)=(x∣x)+(x∣y)+(y∣x)+(y∣y)=∥x∥2+2(x∣y)+∥y∥2.De même, ∥x−y∥2=(x−y∣x−y)=∥x∥2−2(x∣y)+∥y∥2. Pour la troisième, en développant par bilinéarité :(x+y∣x−y)=(x∣x)−(x∣y)+(y∣x)−(y∣y)=∥x∥2−∥y∥2,car par symétrie (x∣y)=(y∣x), donc les termes croisés s'annulent.
Identités de polarisation. En soustrayant la première identité remarquable de la seconde :∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2=2(x∣y),donc (x∣y)=21(∥x+y∥2−∥x∥2−∥y∥2). En soustrayant la deuxième identité remarquable de la première :∥x+y∥2−∥x−y∥2=4(x∣y),donc (x∣y)=41(∥x+y∥2−∥x−y∥2).
Identité du parallélogramme. En additionnant les deux premières identités remarquables :∥x+y∥2+∥x−y∥2=2∥x∥2+2∥y∥2=2(∥x∥2+∥y∥2).
Remarques
Les identités de polarisation permettent donc de retrouver le produit scalaire à partir de la norme.
Si x et y sont de même norme, alors x+y et x−y sont orthogonaux. Géométriquement, les diagonales d'un losange sont perpendiculaires.
Proposition—Inégalité de Cauchy-Schwarz
Soit (.∣.) un produit scalaire sur un R-espace vectoriel E et ∥.∥ sa norme associée. Alors pour tous x,y∈E :∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥avec égalité si et seulement si x et y sont colinéaires.
Démonstration
Soient x,y∈E. On veut montrer que ∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥.
Cas où y=0E. Les deux membres sont nuls (par bilinéarité, (x∣0E)=0, et ∥0E∥=0), l'inégalité est vérifiée avec égalité.
Cas où y=0E. Pour tout t∈R, considérons f(t)=∥x+ty∥2. Par la Définition 1.4 et la bilinéarité et symétrie du produit scalaire (Définition 1.1), d'après la Proposition 1.1 :f(t)=∥x∥2+2t(x∣y)+t2∥y∥2.C'est un polynôme du second degré en t, à coefficients réels, avec ∥y∥2>0 (car y=0E et la norme est associée à un produit scalaire défini positif, Définition 1.1). De plus, par la positivité du produit scalaire (Définition 1.1), f(t)=(x+ty∣x+ty)≥0 pour tout t∈R. Un trinôme du second degré toujours positif a un discriminant négatif ou nul :Δ=4(x∣y)2−4∥y∥2∥x∥2≤0,ce qui donne (x∣y)2≤∥x∥2∥y∥2, soit ∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥.
Cas d'égalité. L'égalité ∣(x∣y)∣=∥x∥∥y∥ correspond à Δ=0, c'est-à-dire que f s'annule en t0=−∥y∥2(x∣y), i.e. ∥x+t0y∥2=0. Par séparation de la norme (qui découle de la définition positive, Définition 1.1), x+t0y=0E, soit x=−t0y. Autrement dit, x et y sont colinéaires. Réciproquement, si x=λy pour un certain λ∈R, alors ∣(x∣y)∣=∣λ∣∥y∥2=∥x∥∥y∥.
Remarque
Si l'on omet la valeur absolue, le cas d'égalité (x∣y)=∥x∥∥y∥ ne se produit que si x et y sont positivement colinéaires, autrement dit si et seulement si il existe λ∈R+ tel que x=λy ou y=λx.
Encadré—Cauchy-Schwarz pour les intégrales
Si f et g sont deux fonctions continues sur [a,b] à valeurs réelles∫abf(t)g(t)dt≤(∫abf(t)2dt)1/2(∫abg(t)2dt)1/2ou encore(∫abf(t)g(t)dt)2≤(∫abf(t)2dt)(∫abg(t)2dt)
Encadré—Cauchy-Schwarz sur Rn
Si (x1,…,xn) et (y1,…,yn) sont deux n-uplets de Rnk=1∑nxkyk≤(k=1∑nxk2)1/2(k=1∑nyk2)1/2ou encore(k=1∑nxkyk)2≤(k=1∑nxk2)(k=1∑nyk2)
Proposition—Propriétés de la norme euclidienne
Soit E un R-espace vectoriel muni d'un produit scalaire (.∣.) et d'une norme associée ∥.∥.
Séparation : ∀x∈E,∥x∥=0⟺x=0E
Homogénéité : ∀(λ,x)∈R×E,∥λx∥=∣λ∣∥x∥
Inégalité triangulaire : ∀(x,y)∈E2,∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥
Démonstration
Soit E un R-espace vectoriel muni d'un produit scalaire (.∣.) et d'une norme associée ∥.∥ (Définition 1.4).
Séparation. Pour tout x∈E : - Si x=0E, alors par bilinéarité (Définition 1.1), (0E∣0E)=0, donc ∥x∥=0=0. - Si ∥x∥=0, alors (x∣x)=∥x∥2=0. Par la propriété « définie » du produit scalaire (Définition 1.1), x=0E.
Ainsi ∥x∥=0⟺x=0E.
Homogénéité. Pour λ∈R et x∈E, par bilinéarité (Définition 1.1) :∥λx∥2=(λx∣λx)=λ2(x∣x)=λ2∥x∥2.En prenant la racine carrée (positive) des deux membres : ∥λx∥=∣λ∣∥x∥.
Inégalité triangulaire. Pour (x,y)∈E2, par la Proposition 1.1 (identités remarquables) :∥x+y∥2=∥x∥2+2(x∣y)+∥y∥2.Or par la Proposition 1.2 (Cauchy-Schwarz), (x∣y)≤∣(x∣y)∣≤∥x∥∥y∥. Donc :∥x+y∥2≤∥x∥2+2∥x∥∥y∥+∥y∥2=(∥x∥+∥y∥)2.En prenant la racine carrée : ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥.
Encadré—Norme
De manière générale, on appelle norme sur un R-espace vectoriel E toute application N:E→R+ vérifiant