Soit E un ensemble. On appelle loi interne sur E toute application de E×E dans E.
Remarque—Notation
Si ∗ est une loi interne sur E, l'image d'un couple (x,y)∈E2 par ∗ est notée x∗y plutôt que ∗(x,y).
La notation (E,∗) signifie l'ensemble E muni de la loi interne ∗.
Exemple
La loi + est une loi interne sur N mais pas la loi −.
Soit A un ensemble. Les lois ∪ et ∩ sont des lois internes sur P(A).
Le produit vectoriel est une loi interne sur l'ensemble des vecteurs de l'espace mais le produit scalaire n'en est pas une.
Remarque
Un ensemble muni d'une loi interne s'appelle un magma.
Si la loi n'est pas une loi usuelle, on appelle souvent l'élément x∗y le produit de x et y, par analogie avec la multiplication. Bien entendu, si la loi est notée +, on parlera plutôt de somme.
1.2. Associativité
Définition—Associativité
Soit ∗ une loi interne sur un ensemble E. On dit que ∗ est associative si pour tout (x,y,z)∈E3 : x∗(y∗z)=(x∗y)∗z
On peut alors noter x∗y∗z sans parenthèses.
1.3. Commutativité
Définition—Commutativité
Soit ∗ une loi interne sur un ensemble E. On dit que ∗ est commutative si pour tout (x,y)∈E2 : x∗y=y∗x
1.4. Élément neutre et inversibilité
Définition—Élément neutre
Soit ∗ une loi interne sur un ensemble E. On dit que e∈E est un élément neutre de (E,∗) si ∀x∈E,x∗e=e∗x=x
1.5. Puissances
Remarques
—Puissance
Soit E un ensemble muni d'une loi interne associative ∗ et d'un élément neutre e.
Soient x un élément de E et n∈N∗.
L'élément n foisx∗x∗⋯∗x se note x∗n ou encore xn s'il n'y a pas d'ambiguïté sur la loi.
Par convention, on pose x0=e.
Si x est inversible, on pose x−n=(x−1)n=(xn)−1.
1.6. Distributivité
Définition—Distributivité
Soit E un ensemble et ∗ et ⊤ deux lois internes sur E. On dit que la loi ∗ est distributive par rapport à ⊤ si : ∀(x,y,z)∈E2,x∗(y⊤z)=(x∗y)⊤(x∗z) et (y⊤z)∗x=(y∗x)⊤(z∗x)
La multiplication sur C est une loi interne associative.
La soustraction sur Z est une loi interne non associative.
Remarque
Le symbole + est généralement réservé aux lois commutatives.
Exemple
L'addition sur R est commutative.
La composition sur EE n'est pas commutative dès que E possède plus de deux éléments.
Théorème—Unicité de l'élément neutre
Soit ∗ une loi interne sur un ensemble E. Si (E,∗) possède un élément neutre, il est unique.
Démonstration
Supposons que (E,∗) possède deux éléments neutres e et e′. On va montrer que e=e′.
Puisque e est un élément neutre, on a en particulier pour x=e′ : e′∗e=e′
Puisque e′ est un élément neutre, on a en particulier pour x=e : e∗e′=e
De plus, par définition d'un élément neutre (Définition 1.4), on a e∗e′=e′∗e. Donc : e=e∗e′=e′∗e=e′
Ainsi e=e′, ce qui établit l'unicité de l'élément neutre.
Remarques
Si la loi est additive (i.e. notée +), l'élément neutre est généralement noté 0. Si la loi est multiplicative (i.e. noté ×), l'élément neutre est généralement noté 1.
Un ensemble muni d'une loi interne associative et possédant un élément neutre est appelé un monoïde.
Exemple
1 est l'élément neutre de (C,×)
∅ est l'élément neutre de (P(E),∪) et E est l'élément neutre de (P(E),∩).
(N∗,+) ne possède pas d'élément neutre.
IdE est l'élément neutre de (EE,∘).
Définition—Élément inversible
Soit ∗ une loi interne sur un ensemble E possédant un élément neutre e. On dit qu'un élément x de E est inversible pour la loi ∗ s'il existe un élément x′ tel que x∗x′=x′∗x=e
Un tel x′ s'appelle un inverse de x.
Remarque
L'élément neutre est toujours inversible et il est inverse de lui-même.
Exemple
Tous les éléments non nuls de (Q,×) sont inversibles.
1 et −1 sont les seuls éléments inversibles de (Z,×).
Les éléments inversibles de (EE,∘) sont les bijections de E dans E.
Attention
Tout ce qui suit n'est valable que pour les lois associatives possédant un élément neutre.
Théorème—Unicité de l'inverse
Soit E un ensemble muni d'une loi interne associative possédant un élément neutre. Tout élément inversible possède un unique inverse.
Démonstration
Soit x∈E un élément inversible et supposons que x′ et x′′ soient deux inverses de x. On va montrer que x′=x′′.
Par définition d'un inverse (Définition 1.5), on a : x∗x′=eetx′′∗x=e
On calcule alors : x′′=x′′∗e=x′′∗(x∗x′)=(x′′∗x)∗x′=e∗x′=x′
où l'on a utilisé successivement : e est élément neutre, la définition de x′, l'associativité de ∗ (Définition 1.2), la définition de x′′, et à nouveau e est élément neutre.
Donc x′=x′′, ce qui établit l'unicité de l'inverse.
Remarque—Notation
L'inverse est généralement noté x−1 ou encore x∗−1 s'il y a un risque d'ambiguïté sur la loi interne. Si la loi est notée +, on parle d'opposé plutôt que d'inverse et on le note −x plutôt que x−1.
Théorème—Propriétés de l'inverse
Soit E un ensemble muni d'une loi interne associative possédant un élément neutre.
[(i)] Soit x∈E inversible. Alors x−1 est inversible et (x−1)−1=x.
[(ii)] Soit (x,y,z)∈E3 avec x inversible. Alors
(x∗y=x∗z ou y∗x=z∗x)⟹y=z
[(iii)] Soit (x,y)∈E2. Si x et y sont inversibles, alors x∗y est inversible et (x∗y)−1=y−1∗x−1.
Démonstration
On se place dans E muni d'une loi interne associative possédant un élément neutre e, et on note x−1 l'unique inverse de x (Théorème 1.2) lorsqu'il existe.
Preuve de (i). Soit x∈E inversible. On a par définition de x−1 : x−1∗x=eetx∗x−1=e
Ces deux égalités montrent précisément que x est un inverse de x−1 (au sens de la Définition 1.5). Donc x−1 est inversible et son unique inverse est x, i.e. (x−1)−1=x.
Preuve de (ii). Soit (x,y,z)∈E3 avec x inversible. Supposons x∗y=x∗z. Alors : x−1∗(x∗y)=x−1∗(x∗z) ⟹(x−1∗x)∗y=(x−1∗x)∗z(associativiteˊ, Deˊfinition 1.2) ⟹e∗y=e∗z(deˊfinition de x−1) ⟹y=z(eeˊleˊment neutre, Deˊfinition 1.4)
Le cas y∗x=z∗x se traite de même en multipliant à droite par x−1.
Preuve de (iii). Soient x,y∈E inversibles. On vérifie que y−1∗x−1 est un inverse de x∗y : (x∗y)∗(y−1∗x−1)=x∗(y∗y−1)∗x−1=x∗e∗x−1=x∗x−1=e (y−1∗x−1)∗(x∗y)=y−1∗(x−1∗x)∗y=y−1∗e∗y=y−1∗y=e
où on a utilisé l'associativité (Définition 1.2) à chaque étape. Donc x∗y est inversible et, par unicité de l'inverse (Théorème 1.2), (x∗y)−1=y−1∗x−1.
Remarque
La deuxième propriété signifie que l'on peut simplifier à gauche et à droite.
Attention
L'inverse de x∗y n'est pas x−1∗y−1 mais bien y−1∗x−1.
Si la loi est noté additivement +, on parle plutôt de multiple que de puissance et le « multiple kème » de x s'écrit kx plutôt que x+k.
Proposition—Règles de calcul
Soit E un ensemble muni d'une loi interne associative ∗ et d'un élément neutre e.
Soient x un élément de E.
[1.] Pour tout (n,p)∈N2, xn∗xp=xn+p.
[2.] Si x est inversible, alors pour tout (n,p)∈Z2, xn∗xp=xn+p.
Démonstration
Soit E muni d'une loi interne associative ∗ d'élément neutre e, et x∈E. On rappelle que x0=e et xn=nx∗⋯∗x pour n≥1.
Preuve de 1. Soient n,p∈N. On raisonne par récurrence sur p.
*Initialisation.* Pour p=0 : xn∗x0=xn∗e=xn=xn+0, par définition de x0=e et de l'élément neutre.
*Hérédité.* Supposons xn∗xp=xn+p pour un certain p∈N. Alors : xn∗xp+1=xn∗(xp∗x)=(xn∗xp)∗x=xn+p∗x=xn+p+1
où on a utilisé la définition de xp+1, l'associativité (Définition 1.2), l'hypothèse de récurrence, et la définition de xn+p+1.
Par récurrence, xn∗xp=xn+p pour tous n,p∈N.
Preuve de 2. Si x est inversible, on a également x−n=(x−1)n pour n∈N. Pour (n,p)∈Z2, il suffit de traiter les cas où l'un des exposants est négatif, en utilisant le résultat 1 appliqué à x−1 et la propriété (x−1)−1=x (Théorème 1.3 (i)). Par exemple, pour n≥0 et p<0, en posant q=−p>0 : - Si n≥q : xn∗x−q=xn∗(x−1)q=xn−q (par le cas 1 appliqué et simplification). - Si n<q : xn∗x−q=(x−1)q−n=x−(q−n)=xn−q.
Dans tous les cas, xn∗xp=xn+p.
Attention
En général (x∗y)n=xn∗yn, à moins d'avoir commutativité de ∗.
Exemple
La loi × est distributive sur la loi + dans Z.
Pour tout ensemble E, l'union ∪ et l'intersection ∩ sont deux lois distributives l'une sur l'autre dans P(E).