Soit f une fonction continue sur un intervalle I. On appelle primitive de f sur I toute fonction dérivable sur I dont la dérivée vaut f.
Exemple
Une primitive de tan sur ]−2π,2π[ est t↦−ln(cost).
Remarque
Une primitive est toujours dérivable donc continue.
Proposition—Linéarité
Soient f et g deux fonctions continues sur un intervalle I et F et G deux primitives respectivement de f et g sur I. Soit (λ,μ)∈R2. Alors λF+μG est une primitive de λf+μg.
Application
Soit f une fonction continue sur R de primitive F sur R. Soient a∈R et λ∈R∗. Déterminer à l'aide de F une primitive de x↦f(x+a) et de x↦f(λx).
Proposition
Soit f une fonction continue sur un intervalle I. Si F est une primitive de f sur I, alors les primitives de f sont les fonctions de la forme F+C où C est une constante.
Démonstration
Soit F une primitive de f sur I et G une autre primitive de f sur I. Posons φ=G−F. Alors pour tout x∈I :φ′(x)=G′(x)−F′(x)=f(x)−f(x)=0Donc φ est dérivable sur I et de dérivée nulle. Or I est un intervalle, donc une fonction dérivable à dérivée nulle sur un intervalle est constante (résultat du théorème des accroissements finis). Il existe donc C∈R tel que φ(x)=C pour tout x∈I, c'est-à-dire G=F+C.
Réciproquement, si C∈R, alors (F+C)′=F′=f, donc F+C est bien une primitive de f sur I.
Attention
Il est important de considérer une fonction continue sur un intervalle. Les fonctions f1:{R∗→Rx↦ln∣x∣ et f2:⎩⎨⎧R∗→Rx↦{ln∣x∣−1ln∣x∣+1si x<0si x>0 admettent toutes deux pour dérivée la fonction inverse mais elles ne diffèrent pas d'une constante (f2−f1=−1 sur R−∗ et f2−f1=1 sur R+∗). En effet, R∗ n'est pas un intervalle mais la réunion de deux intervalles (d'où les deux constantes différentes).
Application
Déterminer des primitives de x↦excos(2x) et x↦exsin(2x) par passage en complexes.
Correction
On souhaite calculer des primitives de x↦excos(2x) et x↦exsin(2x) par passage aux complexes.
Posons α=1+2i∈C∗. On observe que :eαx=e(1+2i)x=exe2ix=ex(cos(2x)+isin(2x))Donc excos(2x)=Re(eαx) et exsin(2x)=Im(eαx).
D'après le tableau des primitives usuelles (encadré de la section 1.2), une primitive de x↦eαx sur R est x↦αeαx. Calculons α1 :α1=1+2i1=(1+2i)(1−2i)1−2i=51−2i=51−52iDonc :αeαx=(51−52i)ex(cos(2x)+isin(2x))=ex(5cos(2x)+52sin(2x))+iex(5sin(2x)−52cos(2x))La Proposition 1.1 (linéarité) assure que la partie réelle et la partie imaginaire d'une primitive de x↦eαx sont respectivement des primitives de x↦excos(2x) et x↦exsin(2x). Ainsi :
- Une primitive de x↦excos(2x) est x↦5ex(cos(2x)+2sin(2x)). - Une primitive de x↦exsin(2x) est x↦5ex(sin(2x)−2cos(2x)).
Théorème—Théorème fondamental de l'analyse
Soient f une fonction continue sur I et a∈I. Alors F:x↦∫axf(t)dt est dérivable sur I et F′=f.
Autrement dit, F est l'unique primitive de f sur I s'annulant en a.
Exemple—Application du théorème fondamental de l'analyse
Posons F(x)=∫1xtdt pour x∈R+∗. La fonction t↦t1 est continue sur R+∗, et 1∈R+∗. D'après le théorème fondamental de l'analyse, F est dérivable sur R+∗ et F′(x)=x1.
C'est bien la primitive de x↦x1 sur R+∗ s'annulant en 1 : on retrouve ainsi que ln est une primitive de x↦x1 sur R+∗ (et F(1)=0=ln1).
De même, G(x)=∫0xe−t2dt est dérivable sur R et G′(x)=e−x2 : c'est l'unique primitive de x↦e−x2 s'annulant en 0, bien que cette primitive ne soit pas une fonction élémentaire.
Attention
Il ressort des deux résultats précédents qu'une fonction continue sur un intervalle admet toujours une infinité de primitives sur cet intervalle. On prendra donc garde à ne jamais écrire des phrases du type «Soit F la primitive de f» mais plutôt «Soit F une primitive de f».
Corollaire—Calcul d'intégrale
Soit f une fonction continue sur I et F une primitive de f sur I. Pour (a,b)∈I2∫abf(t)dt=F(b)−F(a)La quantité F(b)−F(a) se note souvent [F(t)]t=at=b.
Remarque
On a en particulier ∫abCdt=C(b−a).
Application—Banal
Établir la dérivabilité puis calculer la dérivée de la fonction ψ définie parx⟼∫e−xex1+ln2(t)dt
Application
Soit f une fonction continue sur R. Déterminer x→0limx1∫0xf(t)dt.
Application
Montrer que si f est une fonction continue et T-périodique sur R, alors pour tout a∈R∫aa+Tf(t)dt=∫0Tf(t)dt
1.2. Primitives usuelles
Remarque
La connaissance des dérivées des fonctions usuelles permet de déterminer des primitives des fonctions usuelles.
Encadré—Primitives usuelles
• Soit α∈R∖Z. Une primitive de x↦xα sur R+∗ est x↦α+1xα+1.
• Soit n∈N. Une primitive de x↦xn sur R est x↦n+1xn+1.
• Soit n∈Z−∖{−1}. Une primitive de x↦xn sur R+∗ et sur R−∗ est x↦n+1xn+1.
• Une primitive de x↦x1 sur R+∗ est x↦lnx et une primitive de x1 sur R−∗ est x↦ln(−x).
• Soit a∈C∗. Une primitive de x↦eax sur R est x↦aeax.
• Une primitive de x↦lnx sur R+∗ est x↦xlnx−x.
• Une primitive de x↦sinx sur R est x↦−cosx.
• Une primitive de x↦cosx sur R est x↦sinx.
• Soit k∈Z. Une primitive de x↦tanx sur ]−2π+kπ,2π+kπ[ est x↦−ln∣cosx∣.
• Une primitive de x↦1−x21 sur ]−1,1[ est x↦arcsinx.
• Une primitive de x↦−1−x21 sur ]−1,1[ est x↦arccosx.
• Une primitive de x↦1+x21 sur ]−1,1[ est x↦arctanx.
Soient F et G deux primitives de f et g sur I, et (λ,μ)∈R2. Posons H=λF+μG. La fonction H est dérivable sur I comme combinaison linéaire de fonctions dérivables, et pour tout x∈I :H′(x)=λF′(x)+μG′(x)=λf(x)+μg(x)Donc H est une primitive de λf+μg sur I.
Correction
Soit x∈R. On cherche une primitive de x↦f(x+a) et de x↦f(λx) à l'aide de F.
Primitive de x↦f(x+a). Posons G(x)=F(x+a). La fonction G est dérivable sur R comme composée de F (dérivable) et de x↦x+a (dérivable). Par la règle de dérivation des fonctions composées :G′(x)=F′(x+a)⋅1=f(x+a)Donc G:x↦F(x+a) est une primitive de x↦f(x+a) sur R.
Primitive de x↦f(λx). Posons H(x)=λ1F(λx). La fonction H est dérivable sur R comme composée de F (dérivable) et de x↦λx (dérivable). Par la règle de dérivation des fonctions composées :H′(x)=λ1⋅F′(λx)⋅λ=F′(λx)=f(λx)Donc H:x↦λ1F(λx) est une primitive de x↦f(λx) sur R.x↦F(x+a) est une primitive de x↦f(x+a),x↦λ1F(λx) est une primitive de x↦f(λx)
Démonstration
Soit x∈I. Pour h=0 assez petit pour que x+h∈I, on écrit par la relation de Chasles (admise pour l'intégrale) :hF(x+h)−F(x)=h1∫xx+hf(t)dtPuisque f est continue en x, pour tout ε>0, il existe δ>0 tel que ∣t−x∣<δ⇒∣f(t)−f(x)∣<ε. Pour ∣h∣<δ, tous les t entre x et x+h vérifient ∣t−x∣≤∣h∣<δ, donc ∣f(t)−f(x)∣<ε. On en déduit :hF(x+h)−F(x)−f(x)=h1∫xx+h(f(t)−f(x))dt≤∣h∣∣h∣ε=εOù l'on a utilisé l'inégalité ∫xx+h(f(t)−f(x))dt≤∣h∣⋅ε (majoration par la longueur de l'intervalle fois le maximum de ∣f(t)−f(x)∣). Cela prouve que F est dérivable en x et que F′(x)=f(x).
Donc F′=f sur I, ce qui signifie que F est une primitive de f sur I.
L'unicité découle du fait que F est l'unique primitive de f s'annulant en a : si G est une primitive de f s'annulant en a, alors par la Proposition 1.2, G=F+C avec G(a)=F(a)+C=0+C=C=0.
Démonstration
D'après le Théorème fondamental de l'analyse (Théorème 1.1), la fonction G:x↦∫axf(t)dt est une primitive de f sur I, s'annulant en a.
Par la Proposition 1.2, toute primitive de f sur I est de la forme G+C pour une certaine constante C∈R. En particulier, si F est une primitive de f sur I, il existe C∈R tel que F=G+C.
On évalue en a : F(a)=G(a)+C=0+C, donc C=F(a). Ainsi F(x)=G(x)+F(a) pour tout x∈I, et en particulier :∫abf(t)dt=G(b)=F(b)−F(a)
Correction
Soit ψ:x↦∫e−xex1+ln2(t)dt.
Dérivabilité. La fonction g:t↦1+ln2(t) est continue sur R+∗ (car ln est continue sur R+∗ et t↦1+t2 est continue sur R). D'après le Théorème fondamental de l'analyse (Théorème 1.1), la fonction G:x↦∫1xg(t)dt est dérivable sur R+∗ et G′=g.
On peut écrire ψ(x)=G(ex)−G(e−x). Les fonctions x↦ex et x↦e−x sont dérivables sur R et à valeurs dans R+∗, donc les composées x↦G(ex) et x↦G(e−x) sont dérivables sur R par la règle de dérivation des fonctions composées. Ainsi ψ est dérivable sur R.
Calcul de la dérivée. Par la règle de dérivation des fonctions composées et la linéarité de la dérivation :ψ′(x)=G′(ex)⋅ex−G′(e−x)⋅(−e−x)=g(ex)⋅ex+g(e−x)⋅e−x=ex1+ln2(ex)+e−x1+ln2(e−x)Or ln(ex)=x et ln(e−x)=−x, donc ln2(ex)=ln2(e−x)=x2. On obtient :ψ′(x)=ex1+x2+e−x1+x2=(ex+e−x)1+x2ψ′(x)=2cosh(x)1+x2
Correction
Soit f une fonction continue sur R. On cherche x→0limx1∫0xf(t)dt.
D'après le Théorème fondamental de l'analyse (Théorème 1.1), la fonction F:x↦∫0xf(t)dt est dérivable sur R et F′=f. En particulier, F(0)=∫00f(t)dt=0.
On reconnaît alors le taux d'accroissement de F en 0 :x1∫0xf(t)dt=x−0F(x)−F(0)Par définition de la dérivée, cette quantité tend vers F′(0) quand x→0. Or F′(0)=f(0).
Donc :x→0limx1∫0xf(t)dt=f(0)
Correction
Soit f une fonction continue et T-périodique sur R. Montrons que pour tout a∈R, ∫aa+Tf(t)dt=∫0Tf(t)dt.
Soit F une primitive de f sur R, qui existe d'après le Théorème fondamental de l'analyse (Théorème 1.1). D'après le Corollaire 1.1 :∫aa+Tf(t)dt=F(a+T)−F(a)Définissons la fonction G:a↦F(a+T)−F(a). Cette fonction est dérivable sur R (comme différence de composées de fonctions dérivables) et :G′(a)=F′(a+T)−F′(a)=f(a+T)−f(a)=0car f est T-périodique. Donc G est constante sur R (une fonction dérivable à dérivée nulle sur un intervalle est constante). En particulier, G(a)=G(0) pour tout a∈R, c'est-à-dire :F(a+T)−F(a)=F(T)−F(0)=∫0Tf(t)dtOn conclut que pour tout a∈R :∫aa+Tf(t)dt=∫0Tf(t)dt
Remarques
Une primitive de x↦−1−x21 sur ]−1,1[ est également x↦−arcsinx. En effet, les fonctions arccos et −arcsin diffèrent d'une constante, à savoir arccos=2π−arcsin.
x↦ln∣x∣ est une primitive de x1 aussi bien sur R+∗ que sur R−∗.
Dans le même ordre d'idée, si u est une fonction de classe C1 ne s'annulant pas sur un intervalle I, une primitive de uu′ sur I est x↦ln∣u(x)∣.
Méthode—Calcul d'une primitive de x↦eaxcos(bx) et de x↦eaxsin(bx)
Pour calculer une primitive de x↦eaxcos(bx) ou x↦eaxsin(bx), on utilise le fait que ces fonctions sont respectivement la partie réelle et la partie imaginaire de x↦eαx avec α=a+ib.
Une primitive de x↦eαx est x↦αeαx. La partie réelle et la partie imaginaire de x↦αeαx sont donc respectivement des primitives de x↦eaxcos(bx) et de x↦eaxsin(bx).
Remarque
Soit a∈R∗. Une primitive de x↦x2+a21 est x↦a1arctanax.
Soit a∈R+∗. Une primitive de x↦a2−x21 est x↦arcsinax.