On note Q l'ensemble des nombres rationnels i.e. l'ensemble des nombres de la forme qp avec (p,q)∈Z×N∗.
Un nombre réel non rationnel est dit irrationnel.
On note D l'ensemble des nombres décimaux i.e. l'ensemble des nombres de la forme
10na avec (a,n)∈Z×N.
On note Z l'ensemble des entiers relatifs.
On note N l'ensemble des entiers naturels.
Remarque
On a N⊂Z⊂D⊂Q⊂R.
Exemple
2 est irrationnel.
1.2. Partie entière
Le théorème suivant découle de la construction des entiers.
Théorème—Propriété fondamentale des entiers
Toute partie non vide et majorée (resp. minorée) de Z admet un plus grand élément (resp. un plus petit élément).
Démonstration bientôt disponible
Ce théorème légitime la définition suivante.
Définition—Partie entière d'un réel
Soit x∈R. On appelle partie entière de x, notée ⌊x⌋, le plus grand entier relatif inférieur ou égal à x.
1.3. Approximations décimales
Définition—Approximations décimales d'un réel
Soient x∈R et n∈N. On pose Dn={10na,a∈Z}.
On appelle valeur décimale approchée de x à 10−n près par défaut l'unique décimal αn∈Dn tel que αn≤x<αn+10−n.
On appelle valeur décimale approchée de x à 10−n près par excès l'unique décimal βn∈Dn tel que βn−10−n<x≤βn.
1.4. Densité dans R
Définition—Densité
Soit A une partie de R. On dit que A est dense dans R si tout intervalle ouvert non vide de R contient au moins un élément de A.
Soit (x,k)∈R×Z. Nous montrons les deux équivalences successivement.
(k=⌊x⌋⟺k≤x<k+1)
Par la Définition 1.1, ⌊x⌋ est le plus grand entier relatif inférieur ou égal à x. Donc : k=⌊x⌋⟺k∈Z,k≤x et ∀n∈Z,n≤x⟹n≤k. Cette dernière condition signifie qu'il n'existe pas d'entier strictement entre k et x, i.e. k≤x<k+1 (car k+1 est le plus petit entier strictement supérieur à k).
(k≤x<k+1⟺x−1<k≤x)
On a : k≤x<k+1⟺k≤x et k>x−1⟺x−1<k≤x.
Les deux équivalences sont démontrées.
Remarques
Il pourra être utile dans les exercices de remarquer que si n et p sont des entiers n<p⟺n≤p−1⟺n+1≤p
On appelle partie fractionnaire de x le réel noté {x}=x−⌊x⌋. On a donc {x}∈[0,1[.
Proposition—Propriétés de la partie entière
[(i)] La partie entière est une application croissante.
[(ii)] ∀x∈R,x=⌊x⌋⟺x∈Z.
[(iii)] ∀(x,n)∈R×Z,⌊x+n⌋=⌊x⌋+n.
Démonstration
Soit x∈R et n∈Z. On note k=⌊x⌋, de sorte que k≤x<k+1 d'après la Proposition 1.1.
(i) Croissance. Soient (x,y)∈R2 avec x≤y. On a ⌊x⌋≤x≤y. Donc ⌊x⌋ est un entier inférieur ou égal à y, et par définition de la partie entière comme le plus grand de ces entiers, ⌊x⌋≤⌊y⌋.
(ii) x=⌊x⌋⟺x∈Z. Par la Proposition 1.1, ⌊x⌋≤x<⌊x⌋+1. Si x=⌊x⌋, alors x∈Z. Réciproquement, si x∈Z, alors x est lui-même le plus grand entier inférieur ou égal à x, donc ⌊x⌋=x.
(iii) ⌊x+n⌋=⌊x⌋+n. On a k≤x<k+1, donc en ajoutant n (entier) : k+n≤x+n<k+n+1. D'après la Proposition 1.1 appliquée à x+n, cela signifie ⌊x+n⌋=k+n=⌊x⌋+n.
Attention
En général, ⌊x+y⌋=⌊x⌋+⌊y⌋ et ⌊nx⌋=n⌊x⌋ même si n est entier.
Attention
La partie entière est croissante i.e. ∀(x,y)∈R2,x≤y⟹⌊x⌋≤⌊y⌋ Mais la partie entière n'est pas strictement croissante. Par exemple, 0<21 mais ⌊0⌋=⌊21⌋.
Remarques
—Graphe de la partie entière
La partie entière est croissante.
La partie entière est constante par morceaux.
La partie entière présente des discontinuité en les entiers relatifs.
La partie entière est continue en tout réel non entier.
La partie entière est continue à gauche et non à droite en tout entier.
Pour x∈R, le plus petit entier relatif supérieur ou égal à x se note ⌈x⌉. Si k∈Z, alors k=⌈x⌉⟺x≤k<x+1⟺k−1<x≤k On a en fait ⌈x⌉=−⌊−x⌋.
Exemple
3,1415 est une valeur décimale approchée de π à 10−4 près par défaut. 3,1416 est une valeur décimale approchée de π à 10−4 près par excès.
Remarques
On peut exprimer αn et βn. En fait, αn=10n⌊10nx⌋ βn=10n⌈10nx⌉ Si x∈D, alors αn=βn=x. Sinon, βn=αn+10−n.
αn est le nombre décimal dont les décimales (chiffres après la virgule) sont les n premières décimales de x.
Proposition—Caractérisation «epsilonesque» de la densité
Soit A une partie de R. A est dense dans R si et seulement si ∀x∈R,∀ε>0,]x−ε,x+ε[∩A=∅
Démonstration
Soit A⊂R.
(\"⇒\") Supposons A dense dans R. Soit x∈R et ε>0. L'intervalle ouvert ]x−ε,x+ε[ est non vide (il contient x), donc par la Définition 1.3 il contient un élément de A, i.e. ]x−ε,x+ε[∩A=∅.
(\"⇐\") Supposons la condition epsilon vérifiée. Soit ]a,b[ un intervalle ouvert non vide de R (avec a<b). Posons x=2a+b et ε=2b−a>0. On a ]x−ε,x+ε[=]a,b[. Par hypothèse, ]a,b[∩A=∅. Tout intervalle ouvert non vide contient donc un élément de A, ce qui signifie que A est dense dans R par la Définition 1.3.
Proposition—Caractérisation séquentielle de la densité
Soit A une partie de R. A est dense dans R si et seulement si pour tout x∈R, il existe une suite (xn) d'éléments de A de limite x.
Démonstration
Soit A⊂R.
(\"⇒\") Supposons A dense dans R. Soit x∈R. Pour tout n∈N∗, l'intervalle ]x−n1,x+n1[ est ouvert et non vide, donc par la Définition 1.3 il contient un élément an∈A. On a ainsi ∣an−x∣<n1 pour tout n≥1. Par le théorème des gendarmes, (an) converge vers x. On a donc construit une suite d'éléments de A de limite x.
(\"⇐\") Supposons la condition séquentielle vérifiée. Soit ]a,b[ un intervalle ouvert non vide. Posons x=2a+b. Par hypothèse, il existe une suite (an) d'éléments de A de limite x. En particulier, pour ε=2b−a>0, il existe N tel que pour tout n≥N, ∣an−x∣<ε, i.e. an∈]a,b[. Donc ]a,b[∩A=∅, ce qui montre que A est dense dans R.
Proposition—Densité de D, Q et R∖Q dans R
D, Q et R∖Q sont denses dans R.
Démonstration
Nous montrons successivement la densité de D, de Q et de R∖Q dans R.
Densité de D dans R. Soient x∈R et ε>0. Choisissons n∈N tel que 10−n<ε (possible car 10−n→0). D'après la Définition 1.2, la valeur décimale approchée par défaut αn=10n⌊10nx⌋∈D vérifie αn≤x<αn+10−n<αn+ε. En particulier, ∣αn−x∣<ε, donc αn∈]x−ε,x+ε[∩D. Par la Proposition 1.3, D est dense dans R.
Densité de Q dans R. Comme D⊂Q (tout décimal est rationnel), tout intervalle ouvert non vide contient un décimal, donc un rationnel. Par la Définition 1.3, Q est dense dans R.
Densité de R∖Q dans R. Soit ]a,b[ un intervalle ouvert non vide. Considérons a′=2a et b′=2b. L'intervalle ]a′,b′[ est ouvert et non vide. Par la densité de Q dans R, il existe q∈Q tel que q∈]a′,b′[, i.e. a′<q<b′. Alors x=q2∈]a,b[. Comme 2 est irrationnel (Exemple 1.1) et q=0 (quitte à prendre q=0, ce qui est possible car ]a′,b′[ est non vide et peut contenir un rationnel non nul), x=q2 est irrationnel. Donc ]a,b[∩(R∖Q)=∅, ce qui montre que R∖Q est dense dans R.