Soit (uj)j∈J∈(R+)J une famille de réels positifs. Notons Pf(J) l'ensemble des parties finies de J. On pose j∈J∑uj=sup⎩⎨⎧j∈K∑uj,K∈Pf(J)⎭⎬⎫∈[0,+∞]
Remarque
Dans le cas où I=N, la somme de la suite positive (un)n∈N est tout simplement la somme de la série n∈N∑un. Si la série diverge, n=0∑+∞un=+∞.
Proposition—Invariance de la somme par permutation
Soient (uj)j∈J∈(R+)J une famille de réels positifs et φ une permutation de J. Alors j∈J∑uφ(j)=j∈J∑uj
Démonstration
Soit φ une permutation de J et K∈Pf(J). Alors φ−1(K)∈Pf(J) et j∈K∑uφ(j)=j∈φ−1(K)∑uj puisque φ réalise une bijection de φ−1(K) sur K. En passant au supremum sur toutes les parties finies K de J, et en remarquant que {φ−1(K),K∈Pf(J)}=Pf(J) (car φ est une bijection de J dans J), on obtient d'après la Définition 1.1 : j∈J∑uφ(j)=K∈Pf(J)supj∈K∑uφ(j)=K∈Pf(J)supj∈φ−1(K)∑uj=L∈Pf(J)supj∈L∑uj=j∈J∑uj
Définition—Famille sommable de réels positifs
Soit (uj)j∈J∈(R+)J une famille de réels positifs. On dit que (uj)j∈J est sommable si j∈J∑uj<+∞.
Remarque
Soient (aj)j∈J et (bj)j∈J deux familles de réels tels que 0≤aj≤bj pour tout j∈J. Si (bj)j∈J est sommable, alors (aj)j∈J également.
Exemple
Soit q∈[0,1[. La famille (q∣n∣)n∈Z est sommable. En effet, si J est une partie finie de Z, il existe N∈N tel que J⊂[[−N,N]]. Alors n∈J∑q∣n∣≤n=−N∑Nq∣n∣=1+2q1−q1−qN≤1+1−q2q=1−q1+q La somme de la famille (q∣n∣)n∈Z est 1−q1+q puisque N→+∞limn=−N∑Nq∣n∣=1−q1+q
Exemple
La famille (pq1)(p,q)∈(N∗)2 n'est pas sommable. En effet, posons JN=[[1,N]]2 pour tout N∈N∗. Alors (p,q)∈JN∑pq1=(n=1∑Nn1)2N→+∞+∞ puisque la série harmonique diverge vers +∞.
Proposition—Opérations
Somme : Soient (uj)j∈J et (vj)j∈J des familles de réels positifs. Alors j∈J∑(uj+vj)=j∈J∑uj+j∈J∑vj.
Multiplication par un réel positif : Soient (uj)j∈J une famille de réels positifs et λ un réel positif. Alors j∈J∑λuj=λj∈J∑uj.
Démonstration
Montrons les deux points séparément.
Somme. Soit K∈Pf(J). Par additivité de la somme finie, j∈K∑(uj+vj)=j∈K∑uj+j∈K∑vj≤j∈J∑uj+j∈J∑vj d'après la Définition 1.1 (chaque somme finie est majorée par le supremum). En passant au supremum sur K, on obtient ∑j∈J(uj+vj)≤∑j∈Juj+∑j∈Jvj.
Réciproquement, soient K1,K2∈Pf(J). Alors K=K1∪K2∈Pf(J) et j∈K1∑uj+j∈K2∑vj≤j∈K∑uj+j∈K∑vj≤j∈K∑(uj+vj)≤j∈J∑(uj+vj) En passant au supremum sur K1 puis sur K2, on conclut ∑j∈Juj+∑j∈Jvj≤∑j∈J(uj+vj). D'où l'égalité.
Multiplication par un réel positif. Soit K∈Pf(J). On a j∈K∑λuj=λj∈K∑uj En passant au supremum sur K et en utilisant que λ≥0 (donc le supremum passe après la multiplication par λ), on obtient j∈J∑λuj=K∈Pf(J)supλj∈K∑uj=λK∈Pf(J)supj∈K∑uj=λj∈J∑uj
Remarque
On utilise les conventions de calcul suivantes dans [0,+∞] :
(+∞)+(+∞)=+∞;
pour λ>0, λ×(+∞)=+∞;
0×(+∞)=0.
Proposition—Sommation par paquets
Soit J=⨆i∈IJi et (uj)j∈J∈(R+)J une famille de réels positifs. Alors i∈I∑j∈Ji∑uj=j∈J∑uj
Démonstration
Posons S=∑j∈Juj et T=∑i∈I∑j∈Jiuj (les deux membres sont dans [0,+∞] d'après la Définition 1.1).
Montrons T≤S. Soit F∈Pf(I). Pour chaque i∈F, soit Ki∈Pf(Ji). Alors K=⋃i∈FKi∈Pf(J) (union finie de parties finies) et les Ki étant deux à deux disjoints (car les Ji le sont), i∈F∑j∈Ki∑uj=j∈K∑uj≤S En passant au supremum sur chaque Ki puis sur F, on obtient T≤S.
Montrons S≤T. Soit K∈Pf(J). Puisque J=⨆i∈IJi et K est finie, l'ensemble F={i∈I,Ji∩K=∅} est fini. Pour chaque i∈F, Ki=K∩Ji∈Pf(Ji). Alors j∈K∑uj=i∈F∑j∈Ki∑uj≤i∈F∑j∈Ji∑uj≤T En passant au supremum sur K, on conclut S≤T. Donc S=T.
Remarque
L'égalité est encore valable lorsque l'un des membres vaut +∞.
Exemple
On souhaite calculer n=1∑+∞(2n+1)21 en admettant que ζ(2)=n=1∑+∞n21=6π2. En utilisant la partition N∗={2k,k∈N∗}⊔{2k+1,k∈N} (note: correction tiny typo in source partition description if needed, source says {2k+1, k in N}), ζ(2)=n=1∑+∞n21=k=1∑+∞(2k)21+k=0∑+∞(2k+1)21=41ζ(2)+k=0∑+∞(2k+1)21 On en déduit que k=0∑+∞(2k+1)21=43ζ(2)=8π2
Méthode
Pour montrer qu'une famille de réels positifs (ui)i∈I est sommable, on peut employer le théorème de sommation par paquets ou le théorème de Fubini positif pour montrer que i∈I∑ui<+∞.
Exemple
On veut déterminer la nature de la famille ((m+n)α1)(m,n)∈(N∗)2 pour α∈R. Comme il s'agit d'une famille de réels positifs, on peut employer le théorème de sommation par paquets en remarquant que (N∗)2=⨆p≥2Ip avec Ip={(m,n)∈(N∗)2,m+n=p}. Ainsi (m,n)∈(N∗)2∑(m+n)α1=p=2∑+∞(m,n)∈Ip∑(m+n)α1=p=2∑+∞pαcard(Ip)=p=2∑+∞pαp−1 Or pαp−1∼p→+∞pα−11 donc (m,n)∈(N∗)2∑(m+n)α1<+∞⟺α>2
Proposition—Théorème de Fubini positif
Soit (ui,j)(i,j)∈I×J∈(R+)I×J une famille de réels positifs. Alors (i,j)∈I×J∑ui,j=i∈I∑j∈J∑ui,j=j∈J∑(i∈I∑ui,j)
Démonstration
Appliquons la Proposition 1.3 (Sommation par paquets) avec la partition I×J=⨆i∈I({i}×J). Les sous-ensembles Ji={i}×J sont bien deux à deux disjoints et leur union vaut I×J. On obtient : (i,j)∈I×J∑ui,j=i∈I∑j∈J∑ui,j Par symétrie (en appliquant la Proposition 1.3 avec la partition I×J=⨆j∈J(I×{j})), on obtient de même : (i,j)∈I×J∑ui,j=j∈J∑i∈I∑ui,j Ces deux égalités, combinées, donnent le résultat.
Remarque
A nouveau, l'égalité est encore valable lorsque l'un des membres vaut +∞.
Application
On souhaite calculer la somme de la famille (qp1)p,q≥2. p,q≥2∑qp1=q=2∑+∞p=2∑+∞qp1=q=2∑+∞q21⋅1−q11=q=2∑+∞q2−q1=q=2∑+∞(q−11−q1)=1
Correction
On veut calculer la somme de la famille (qp1)p≥2,q≥2 de réels positifs.
Application du Théorème de Fubini positif (Proposition 1.4) :
Tous les termes qp1 sont positifs. Par la Proposition 1.4, on peut intervertir les sommations : p≥2,q≥2∑qp1=q≥2∑(p≥2∑qp1).
Calcul de la somme intérieure (série géométrique) :
Pour q≥2 fixé, q1∈]0,1[, donc la série géométrique converge (Proposition 1.3 appliquée à la sommation par paquets, ou directement) : p≥2∑qp1=p≥2∑(q1)p=1−1/q(1/q)2=(q−1)/q1/q2=q(q−1)1.
Calcul de la somme extérieure (télescopage) :
On décompose q(q−1)1=q−11−q1 (décomposition en éléments simples). Donc : q≥2∑q(q−1)1=q≥2∑(q−11−q1).
Cette série est télescopique : la somme partielle ∑q=2N(q−11−q1)=1−N1N→+∞1.
Conclusion : p≥2,q≥2∑qp1=1. □
2Familles sommables de complexes3Produit de Cauchy
Cours
1Familles de réels positifs
2Familles sommables de complexes
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3Produit de Cauchy
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Méthodes3
ClassiqueDémontrer qu'une famille est sommable
Pour démontrer qu'une famille (ai)i∈I est sommable, on peut
si φ est une bijection de N sur I, on peut démontrer que la série ∑aφ(n) est absolument convergente;
si I s'écrit sous la forme d'une partition I=⋃In, et si on sait facilement calculer ou majorer ∑i∈In∣ai∣ (par exemple parce que In est fini ou que In est facilement mis en bijection avec N), il suffit de prouver la convergence de ∑n∑i∈In∣ai∣;
si I=N2, il suffit de démontrer que pour tout m≥1, la série ∑n∣a(m,n)∣ est convergente, et que la série ∑m(∑n≥1∣a(m,n)∣) est aussi convergente.
ClassiqueDémontrer qu'une famille n'est pas sommable
Appliquer la Démontrer qu'une famille est sommable (1re technique) : l'ensemble I=Q∩[1,+∞[ est denombrables, ce qui permet de definir une bijection φ:N→I ; montrer que la serie ∑n1/φ(n)2 est majoree par ∑n=1∞1/n2 (serie de Riemann convergente).
2Famille 1/(m+n)α : CNS α>2
Montrer que la famille ((m+n)α1)(m,n)∈(N∗)2 est sommable si et seulement si α>2.
IndicationMasquer
Appliquer la Démontrer qu'une famille est sommable (2e technique) : poser k=m+n et noter que pour k≥2, il y a k−1 couples (m,n)∈(N∗)2 tels que m+n=k ; la somme devient ∑k=2∞(k−1)/kα et on etudie sa convergence.
3Famille télescopique, somme π2/6
Montrer que la famille ((p+q2)(p+q2+1)1)(p,q)∈N×N∗ est sommable et calculer sa somme.
IndicationMasquer
Appliquer la Démontrer qu'une famille est sommable (3e technique) : utiliser la decomposition telescopique k(k+1)1=k1−k+11 avec k=p+q2 pour sommer sur p a q fixe, puis verifier la convergence de la somme sur q.
4Famille 1/(p2+q3) sommable
Montrer que la famille (p2+q31)(p,q)∈(N∗)2 est sommable.
IndicationMasquer
Appliquer la Démontrer qu'une famille est sommable (3e technique) : fixer q et majorer ∑p1/(p2+q3)≤∑p1/p2 (serie de Riemann), puis majorer ∑q∑p1/(p2+q3)≤∑qC/q3/2 (ou utiliser une minoration plus fine) pour conclure.
5Famille 1/(mn(m+n+2)) : somme
Montrer que la famille (mn(m+n+2)1)(m,n)∈(N∗)2 est sommable et calculer sa somme.
IndicationMasquer
Appliquer la Démontrer qu'une famille est sommable (3e technique) : pour I=(N∗)2, fixer m et majorer ∑n1/(mn(m+n+2)) par une serie convergente en n (par exemple utiliser la decomposition en elements simples en n), puis verifier la convergence de la somme en m.
6Série génératrice de τ(n)
On note τ(n) le nombre de diviseurs positifs d'un entier n∈N∗. Montrer que pour tout z∈C tel que ∣z∣<1, n=1∑+∞1−znzn=n=1∑+∞τ(n)zn
IndicationMasquer
Appliquer les Démontrer qu'une famille est sommable et Permuter des sommes : ecrire zn/(1−zn)=∑k=1∞znk pour ∣z∣<1 ; montrer la sommabilite de (znk)(n,k)∈(N∗)2 par la 3e technique de 00084, puis permuter les sommations (Permuter des sommes) et regrouper par valeur de nk.
7Famille 1/(p2+q2) non sommable
Montrer que la famille (p2+q21)(p,q)∈(N∗)2 n'est pas sommable.
IndicationMasquer
Appliquer la Démontrer qu'une famille n'est pas sommable (2e technique) : exhiber l'injection φ(n)=(n,n) de N∗ dans (N∗)2 et montrer que ∑n1/(n2+n2)=∑n1/(2n2) diverge (serie de Riemann d'exposant 2, mais penser a un argument plus precis pour la divergence de la famille).